De toute la génération qui a donné naissance au « nouveau cinéma américain » des années 1970, Francis Ford Coppola est celui dont les ambitions artistiques ont été les plus hautes, mais aussi, sans doute, les plus démesurées, et les plus abouties. En effet, plus de quatre décennies après ses débuts, il demeure aux yeux de sa génération comme de la nouvelle le cinéaste qui a le plus œuvré en faveur d'un cinéma à la fois personnel et s'adressant au grand public. Un cinéma mûr qui, au-delà d'une esthétique autant recherchée que spectaculaire, a constamment amené le spectateur à réfléchir sur l'expérience américaine en termes non seulement critiques mais aussi constructifs. Ses plus grandes réussites, Le Parrain (The Godfather, 1972), sa suite, Le Parrain 2 (The Godfather Part II, 1974) et Apocalypse Now (1979) figurent déjà en bonne place dans l'histoire du cinéma pour ces simples raisons. Pourfendeur de la tyrannie du système des grands studios hollywoodiens, Coppola a cependant, de par son très fort ego, été tenté à plusieurs reprises par la démesure (sujets fort ambitieux, dépassements de budget incontrôlés), qui lui a coûté assez vite son indépendance financière. Mais, véritable Phénix du cinéma américain, il ne nous a toujours pas donné sa dernière image.
C'est avec Le Parrain que débute son irrésistible ascension : d'une part, il impose ses volontés aux dirigeants de la Paramount, entre autres celle de confier le rôle-titre à Marlon Brando – alors considéré comme un has been, aux quatorze échecs successifs – et celui de son successeur à Al Pacino, dont la méthode de travail s'avère peu orthodoxe (refus d'emblée d'apprendre le dialogue, importance très grande accordée à l'improvisation) ; de l'autre, il reconstitue un univers mafieux dans un style hyperréaliste, tant sur le plan des décors que sur celui de la faune directement issue du milieu représenté. Surtout il convertit cette brillante adaptation du best-seller de Mario Puzo en une insolente allégorie de l'histoire américaine, à ses yeux ancrée de manière stérile dans l'appât du gain et le recours constant à la violence. Deva […]
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