4. Simples comptoirs ou colonie
Depuis son aventure acadienne, Champlain déplorait la précarité des monopoles de commerce. Il fallait convaincre le roi que la liberté du commerce était incompatible avec l'établissement d'une colonie permanente, et que, sans un monopole durable, les entreprises les mieux conçues seraient vouées à l'échec ; mais il fallait aussi persuader les marchands exclus du privilège de ne pas faire opposition à son octroi. Une fois le monopole consenti, il restait à obtenir de son titulaire qu'il fondât en Nouvelle-France une véritable colonie et non de simples comptoirs. Or, malgré leurs engagements, les marchands ne voulaient rien entreprendre de tel : le transport et l'établissement de colons étaient trop coûteux à leur gré, et en ces derniers ils voyaient d'éventuels concurrents, tentés de trafiquer pour leur propre compte.
C'est donc pour une cause apparemment perdue d'avance que Champlain lutta sans trêve jusqu'en 1627. Bien que Champlain eût présenté un plan cohérent et réaliste, fondé sur une évaluation précise des ressources de la Nouvelle-France, seules quelques familles se fixèrent à Québec, et il ne fut pas écouté des diverses associations de marchands qui prirent successivement en main les destinées du poste de Québec. Pourtant, depuis 1612, il représentait des personnages influents, princes et ducs, qui portèrent à tour de rôle le titre de vice-roi de la Nouvelle-France ; en 1620, il eut les pouvoirs d'un gouverneur, sans toutefois porter ce titre. Il donna sa première législation au poste de Québec, et se voua à son administration, abandonnant les explorations et ne faisant que de rares voyages en France. Sa jeune femme elle-même, Hélène Boullé, épousée en 1610, résida à Québec de 1620 à 1624. Néanmoins, l'avenir du petit poste de traite, dont la population totale n'atteignait pas cent âmes, restait mal assuré.
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