5. La fin de Carthage (146 av. J.-C.)
Lorsque les Carthaginois se rendirent compte que Rome les avait condamnés, la peur les fit chasser les chefs démocrates et rendre le pouvoir au parti aristocratique, qui se remit à la discrétion de Rome en prononçant la formule de la deditio. Dans ce cas, les déditices devenaient propriété du peuple romain, mais celui-ci leur laissait en général la liberté et l'usage de leurs biens ; en l'occurrence, les consuls, après avoir procédé au désarmement des Puniques, leur ordonnèrent d'abandonner Carthage et d'aller fonder une nouvelle ville dans l'intérieur des terres. Cette exigence était inspirée par la philosophie platonicienne qui enseignait que le voisinage de la mer développe dans les cités la tendance au désordre : il s'agissait en somme de guérir les Carthaginois des défauts qui, selon les Romains, les empêchaient de s'intégrer dans un ordre raisonnable. Ces bonnes intentions ne furent pas appréciées. Le peuple massacra les partisans de la capitulation, rappela les chefs populaires et, dans un immense élan d'énergie et de solidarité, reconstitua les armements qu'il venait de livrer. Pendant deux ans, les légions, commandées par des chefs médiocres, demeurèrent immobilisées sous les puissantes fortifications et subirent même dans l'intérieur de cuisants échecs de la part des armées puniques qui continuaient à tenir le plat pays. La triste gloire de mettre fin à la guerre fut réservée au fils de Paul Émile, le vainqueur de la Macédoine, passé par adoption dans la famille des Scipions et connu de ce fait sous le nom de Scipion Émilien. Le récit de la prise de Carthage avait été fait par Polybe qui en fut le témoin ; il nous est parvenu par l'intermédiaire d'Appien. Au printemps de 146, les légionnaires réussirent à forcer l'enceinte des ports dans le quartier appelé aujourd'hui Salammbô. Une terrible bataille de rues s'acheva par l'incendie du temple d'Eshmoun. La résistance avait été dirigée par un chef démocrate nommé Asdrubal, que les sources accusent de s'être comporté en tyran.
Le sol fut voué aux dieux infernaux et semé de sel, les survivants vendus comme esclaves. Les fouilles modernes ont rencontré, en plusieurs points du site de Carthage, l'épaisse couche de cendres de l'incendie. Au Céramique, près des thermes d'Antonin, P. Gauckler retrouva en 1901 les fours de potiers encore pleins des objets dont l'artisan n'avait pu achever la cuisson : on préparait la fête de Déméter ; des milliers de boulets de catapulte ont été recueillis, mêlés à des balles de fronde.
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