Les notions de « bilinguisme » et de « plurilinguisme » restent très générales et désignent sans distinction les usages variables de deux ou de plusieurs langues par un individu, par un groupe ou par un ensemble de populations. Leur emploi ne permet pas, par exemple, de différencier les deux cas extrêmes qui peuvent se présenter sur un même territoire : l'un où deux populations, unilingue chacune, se côtoieraient (des médiateurs bilingues sont alors requis), l'autre où chaque membre des deux populations serait bilingue, à des degrés divers. De plus, l'emploi de ces termes peut se révéler carrément inadéquat dans les situations de formation de nouvelles langues, pidgins ou créoles, où la complexité des processus de contact oblitère, tout au moins sur le plan descriptif, la définition de systèmes distincts. D'autres termes tendent ainsi à s'imposer : celui de situation linguistique complexe, général lui aussi, mais sans les présupposés impliqués par bi- ou plurilinguisme, ceux aussi de bilingualité et de diglossie, plus spécifiques au contraire. La notion de bilingualité vise la manière dont une personne particulière est à même de tirer parti des langues auxquelles elle a accès, tant pour son expression, ses modes de penser que dans ses relations sociales. Par opposition, la notion de diglossie met l'accent sur le fait que, dans une société donnée, deux variétés d'une même langue ou deux langues distinctes remplissent des fonctions sociales et institutionnelles différenciées, généralement complémentaires. Malgré cette complémentarité de fait, la différence des fonctions remplies par chaque langue – l'une connaissant, par exemple, une valorisation socio-économique plus importante, l'autre une expansion populaire plus forte – aboutit, dans la plupart des cas, à affecter les deux systèmes en présence de valeurs positives ou négatives. Les langues deviennent l'objet d'enjeux politiques, économiques, culturels, voire religieux, en même temps qu'elles apparaissent comme le symbole […]
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