Pour rendre compte de l'évolution d'une langue, le linguiste distingue traditionnellement deux sortes de facteurs : des facteurs internes, c'est-à-dire des mécanismes de changements proprement linguistiques, dus aux modifications et au réaménagement des systèmes, et des facteurs externes, à savoir les modifications de la société, des techniques, etc., ainsi que les événements historiques. Ces causes non linguistiques ont sur le lexique une action nettement discernable, mais il est impossible de mettre directement en rapport avec un fait historique un fait de syntaxe quel qu'il soit. On peut seulement affirmer que les périodes de faiblesse politique et de désordre social accélèrent l'évolution d'une langue, tandis qu'un pouvoir fort et la centralisation ont tendance à la fixer. D'autre part, les changements linguistiques sont très lents, beaucoup plus lents que les changements sociaux ; aussi n'est-il pas rare de voir certaines évolutions freinées ou stoppées par l'apparition de nouveaux facteurs externes avant d'être arrivées à leur terme. Cet enchevêtrement des causes rend délicate l'interprétation de leurs effets.
Ces hypothèses et ces observations sont celles des principaux historiens du français, de Ferdinand Brunot à Marcel Cohen et Walther von Wartburg. Issue de la tradition linguistique française du xixe siècle finissant, tradition à la fois historique et sociologique qui est aussi celle de Meillet, l'histoire de la langue s'est constituée en « discipline » originale sous l'impulsion de F. Brunot. Dans la première moitié du xxe siècle paraissent plusieurs histoires du français, ouvrages de longue haleine, et d'innombrables travaux ponctuels. Ainsi un travail considérable est d'ores et déjà accompli ; l'histoire externe du français se trouve faite dans ses grandes lignes, une masse de matériaux a été accumulée, des dates fixées, les évolutions esquissées.
Les études d'histoire linguistique ont ensuite connu une désaffection et l'histoire de la langue a été totalement abandonnée, […]
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