5. La république des féodaux
Le maintien d'un vernis démocratique sous le régime de Marcos ne fait pas illusion. Le 7 avril 1978, les premières élections après la proclamation de la loi martiale consacrent la victoire du Kilusan Bagong Lipunan (Mouvement pour la Nouvelle Société) emmené par Imelda Marcos. Cent soixante-cinq députés (sur cent quatre-vingt) sont aux ordres du président. Les manipulations électorales ont réussi à écarter l'opposition légale regroupée autour de Benigno « Ninoy » Aquino. Bien que l'activisme politique de ce dernier soit réduit à la portion congrue, le chef du Laban Party craint pour sa vie et s'exile en 1980 aux États-Unis, comme la plupart des opposants au régime. La loi martiale est officiellement levée le 17 janvier 1981 ; c'était une condition préalable posée par le pape Jean-Paul II à sa visite dans l'archipel le mois suivant. Effet de manche sans conséquence car Marcos est de nouveau élu pour un troisième mandat le 16 juin avec 88 p. 100 des suffrages. Pourtant, cette victoire masque mal la crise de confiance que traverse le régime.
• La chute de Marcos
L'opposition étant muselée et en dépit de l'agitation communiste et musulmane, Marcos tient bien en mains les rênes du pouvoir. Seul son état de santé laisse envisager une alternance : le président s'absente à échéance régulière pour se faire soigner les reins. Un événement inattendu change les données du problème. Le 21 août 1983, Benigno Aquino revient à Manille. Dès sa descente d'avion, il est assassiné par des militaires. Si le commanditaire fait encore aujourd'hui l'objet de spéculation, l'opinion publique nationale et internationale reporte la responsabilité de l'assassinat sur le dictateur. Marcos sait dès lors que ses jours sont comptés, car il doit faire face à une fronde coalisée autour de la veuve d'Aquino, Corazon, appelée par son surnom Cory.
La brutalité de l'événement choque les Philippins, surtout ceux des classes moyennes de la capitale. Les hommes d'affaires craignent que le climat ne dégénère en guerre civile d' […]
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