Benigno Aquino, principale figure d'opposition au régime autoritaire du président philippin Ferdinand Marcos, représentait un véritable défi pour l'équipe au pouvoir, par sa jeunesse, ses talents d'orateur et sa réputation de justicier intègre — défi d'autant plus intolérable qu'il aurait été un successeur acceptable pour Washington. Dans un pays où, traditionnellement, les rivalités des clans et de leurs champions constituent l'essentiel du jeu politique, il était fatal que son ambition l'opposât un jour à Marcos. À l'exemple de Bernardo Carpio, héros légendaire du théâtre philippin, toujours occupé à combattre le « mauvais » roi, Aquino se dressait à chaque acte sur la route du souverain. Poursuivant un cursus similaire sur bien des points, les deux hommes se comportaient en véritables frères ennemis, engagés dans une compétition féroce mais se respectant mutuellement.
Le prestige d'Aquino lui venait d'abord de son extrême précocité. À dix-sept ans, il se distinguait déjà comme correspondant de guerre en Corée pour le Manila Times. À vingt-deux ans, il devenait le plus jeune maire de l'archipel en se faisant élire dans sa ville natale de Concepción, au centre de […]
