3. La colonisation américaine (1898-1946)
Les Américains entrent tardivement dans le club fermé des puissances colonisatrices. En apparence, c'est presque fortuitement que les États-Unis prennent possession de l'archipel philippin. En réalité, l'annexion de 1898 célébrée par les milieux d'affaires consacre aussi un expansionnisme de plusieurs décennies. Pour maintenir à distance des Anglais toujours entreprenants, le président Monroe avait déclaré en 1823 que les Européens ne devaient intervenir en aucune manière sur le continent américain. Ce que l'on a appelé dès lors la « doctrine de Monroe » prend un sens particulier à partir de la guerre de Sécession. L'Espagne redevient menaçante dans les Caraïbes alors que la jeune nation américaine convoite Cuba. Au-delà de l'établissement de ce qui deviendra par la suite la sphère d'influence directe des États-Unis, l'espace Pacifique devient à son tour un enjeu géopolitique. Après l'achat de l'Alaska à la Russie en 1867, les États-Unis entrent en compétition avec l'Allemagne et l'Angleterre pour le contrôle des îles Samoa en 1888. Leurs ambitions déçues favorisent l'élaboration d'une politique de construction navale qui leur permet de dominer le Pacifique avant la guerre contre l'Espagne à la fin de la décennie 1890. La crise couvait entre les deux pays avant le déclenchement des hostilités le 25 avril 1898. Les Espagnols sont facilement défaits à Cuba et aux Philippines. Le 12 août, un protocole de paix est signé, précédant la rédaction du traité de Paris par lequel l'Espagne renonce à Cuba, à Porto Rico, aux autres îles antillaises, à Guam et aux Philippines. Si l'essentiel pour les Américains était d'assurer leur mainmise sur Cuba, ils héritent toutefois des reliefs de l'empire espagnol au sud de la mer de Chine.
Dans cette confrontation mettant aux prises un empire déclinant et une puissance montant vers son zénith, les Américains n'ont jamais tenu compte des populations locales. Que des indigènes puissent réclamer leur in […]
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