Si le fondateur du régime communiste chinois continue d'occuper une place de choix dans l'imaginaire de son peuple, son œuvre semble appartenir à un monde qui n'est plus. Depuis 1978, la démaoïsation et les réformes de Deng Xiaoping ont fait reculer la terreur maoïste, mais aussi l'immémoriale Chine paysanne : dans les années 1930-1940, Mao y avait construit une révolution inédite, mariant le communisme et le nationalisme au vieux fonds chinois des révoltes rurales et des rébellions antidynastiques.
1. La courbe historique du maoïsme
Contrairement à sa légende, elle aussi dépassée, cette alliance ne fit pas du maoïsme un alliage privilégié avec la paysannerie, ni de Mao un communiste démocrate en harmonie avec le Tiers Monde. Tout en prétendant activer politiquement le parti et la société, sa terreur ne fut pas moins policière ni moins bureaucratique que celle de Staline ; ses recettes pour la transformation du Tiers Monde n'ont pas mieux réussi que le modèle soviétique. Au sein même de « sa » révolution, Mao ne fait plus figure d'inventeur de la guérilla rurale. Il n'en eut pas l'exclusivité en 1927, quand Tchang Kaï-Chek et le Guomindang (G.M.D.) chassèrent le Parti communiste (P.C.) des villes ; il en perdit la maîtrise avant la Longue Marche (1934-1935). C'est alors, tardivement, durant l'occupation japonaise, qu'il devint un incomparable technicien du pouvoir, l'auteur d'une formule originale confondant sa conquête avec son exercice, mise au point contre l'occupant et contre Tchang, mais aussi contre les adversaires qu'il dut écarter dans son propre camp. Il fut servi en cela par un génie tactique évident, allié à un art supérieur de la pratique politique identifiant son autorité au destin collectif. Pas plus que l'habileté tactique, cette identification ne singulariserait Mao parmi les références qui furent les siennes en matière de pouvoir absolu – empereurs de Chine, Staline –, s'il n'y avait les techniques maoïstes du pouvoir, complément efficace plus que substitut aux […]
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