8. « Post mortem » : un héros national
Il est aussi impossible de chiffrer le bilan de la révolution culturelle que d'en résumer le chaos. Il faudrait substituer des statistiques à ses officielles et symboliques « cent millions de victimes » (directes et indirectes) et, justement, tenir compte des dégâts psychologiques, sociologiques et culturels, qui sont incalculables. Reste une certitude : cet effrayant désastre scelle un échec qui fut à la (dé)mesure du projet maoïste et de son succès initial. La réussite de Deng s'explique par le rejet que Mao a engendré. En 1976, la crise sociale est profonde, bien que le régime empêche toute opposition de se structurer : les intellectuels ne pourront s'exprimer que lorsque les antimaoïstes leur donneront la parole, le temps du bref hiver 1978-1979. C'est par morceaux, de façon inavouée, que le pays échappe à son maître. La dépolitisation de la Chine est l'œuvre de Mao, non celle de Deng, qui se contentera de capter le courant et de donner une forme politique au rejet du maoïsme, en retrouvant des rythmes plus conformes à la pente de l'histoire chinoise.
Mao en a rompu le cours, et pourtant il n'a pu s'en affranchir : son échec est aussi dans le volontarisme extrême d'un projet qui prétendait faire surgir une révolution aux antipodes de la modernité. Ce n'est pas à la classe ouvrière qu'il a substitué le parti, comme Lénine, mais à la ville et à la révolution. Sa différence au sein du communisme chinois, qu'il sut rallier à cet incroyable renversement du marxisme en le parant des couleurs de l'indépendance nationale, est qu'il voulait que le P.C.C. fût un parti activiste, et qu'il se réservait les rênes de cet activisme. Lui seul, à cette limite, était révolutionnaire, si l'on signifie par là le surgissement dans une société de forces autonomes conduisant à des ruptures politiques ; la révolution n'était plus que rituelle. Aussi n'est-ce pas la sortie en douceur du maoïsme qu'il faut expliquer, car il était devenu la révolution d'u […]
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