C'est en mai 1956 que le président Mao Zedong énonce sa formule désormais célèbre : « Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent. » Ce slogan d'expression très classique fait référence aux « cent écoles », dénomination donnée par le philosophe taoïste Zhuangzi aux multiples écoles spéculatives de pensée qui fleurissaient aux ~ iiie et ~ ive siècles.
Cette campagne de libre critique qui doit s'inscrire dans le contexte idéologique et politique de la « déstalinisation » (le « rapport secret » de Khrouchtchev, lors du XXe congrès du P.C.U.S., date de février 1956) semble avant tout motivée par des impératifs de politique intérieure : il s'agit pour Mao Zedong, et une partie de son équipe, de rapprocher les masses populaires du parti qui les a intensément mobilisées dans les premières étapes décisives de la collectivisation. Les excès de zèle, le conformisme étroit et sclérosant de la bureaucratie du parti ayant fait naître un mécontentement évident aussi bien chez la paysannerie et le prolétariat que chez l'intelligentsia et les non-communistes des petits partis, il apparaît qu'une correction est nécessaire.
Sur le plan de l'idéologie, il s'agit, pour les dirigeants du P.C.C., d'ouvrir et non de replier le parti sur lui-même, en attaquant le sectarisme, le bureaucratisme et le subjectivisme. Il s'agit aussi de faire la démonstration que le marxisme-léninisme ne peut être altéré par la critique puisqu'il est vérité scientifique. Il est donc parfaitement possible de laisser s'affronter librement idéalisme et matérialisme historique, celui-ci devant inéluctablement vaincre celui-là. À Pékin, l'équipe dirigeante est divisée sur l'opportunité d'une libéralisation, d'autant que la « déstalinisation » a pris les Chinois par surprise. Il suffit de noter, à cet égard, la lenteur du démarrage de la « campagne des cent fleurs », la prise de position du département politique de l'Armée de libération populaire critiquant la relâche du contrôle sur la littérature (déc. 1956) […]
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