Le terme de révolution a un rare et triste privilège : la contradiction existant entre son étymologie et son usage actuel renvoie non à une confusion malheureuse due aux habitudes, non à une évolution repérable tenant aux rectifications que le sens commun opère, en fonction des faits, dans l'usage des mots ; elle manifeste une ambiguïté foncière, dans la sémantique même ; elle signifie, explicitement ou implicitement, une différence réelle qui a marqué profondément le devenir des cultures et des pratiques.
Étymologiquement, la révolution s'entend comme « retour sur soi », comme réitération de ce qui a été et comme prévision de ce qui sera ; on peut prendre cela de façon positive, dans la mesure où ce qui est, même dans ce qu'il a de désagréable, est la reprise d'un jadis qui aura, tout autant, son avenir. Ainsi en est-il des cycles saisonniers, du retour des configurations astrales, du jeu tournoyant des cyclones et des anticyclones, des conflits entre les dieux qui répètent indéfiniment leurs destins tutélaires. Dans cette optique, on parle aujourd'hui des révolutions astronomiques ou biologiques scientifiquement légitimées ; la sylviculture admet, de la même manière, qu'il y a une révolution dans l'évolution de la coupe des arbres et des taillis, qui correspond au « bon moment » pour abattre ou élaguer. Bref, la révolution désigne l'é-volution qui re-vient ; elle a pour image – image parfaite, si l'on y songe, dans la commodité de la raison – celle du cycle, du cercle...
Historiquement, la révolution s'entend comme rupture. C'est à présent l'acception courante du terme. On parle ainsi de révolution démographique, économique, juridique, politique, culturelle, sociale, intellectuelle, gastronomique et autres déterminations, toutes aussi imprécises tant qu'elles n'ont pas été définies dans leur contexte effectif. Dans tous les cas, on veut dire qu'une rupture décisive est marquée ; qu'avant l'événement révolutionnaire, il y avait une certaine configuration, et qu'après un tou […]
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