3. L'illusion phénoménologique au sens de Boltzmann
Elle consiste à croire que l'on peut se passer d'abstractions dans la description des faits d'expérience. Or, de l'avis de Boltzmann, nous ne pouvons prononcer une seule phrase qui traduise le pur fait d'expérience, car les mots les plus ordinaires, qui semblent ne désigner que de simples sensations, lesquelles ont valeur universelle, expriment des concepts formés par abstraction à partir de multiples faits expérimentaux.
C'est donc à tort que les savants allemands, férus de l'énergétique, considèrent comme définitivement révolues les hypothèses mécanistes qui, en réduisant les propriétés des corps à des combinaisons de figures et de mouvements locaux, ont permis, dans le passé, l'accès à des équations générales.
Boltzmann ne nie pas que le développement de l'énergétique puisse révéler dans l'avenir de nouvelles formes de pensée, mais, en commentant les tentatives faites pour retrouver tout l'acquis de la mécanique théorique à partir du seul principe de l'énergie, il remarque que l'on continue à parler des éléments d'un système comme de points matériels. Il déclare avec une grande finesse qu'il ne peut se représenter comment une mécanique peut être construite à partir de l'idée que l'énergie cinétique est une donnée première, tandis que l'objet même du mouvement ne serait qu'un concept dérivé.
Boltzmann réclame en définitive, pour la théorie physique, une grande sagesse. Le progrès de la science élargit les points de vue, affine les abstractions, mais supporte mal les excommunications hâtives. Et comment le savant pourrait-il se passer de toute image, de tout modèle dont sont faites toutes les pensées humaines ?
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