2. La soumission au souverain
Les analyses de l'état de nature (représenté à titre d'hypothèse) envisagent les hommes à partir de leur égalité : égal pouvoir de tuer autrui, égale crainte de mourir de mort violente, égal souci de conserver sa vie conduisent à une insécurité permanente. C'est sur la base de ces analyses que la seconde partie, « Of Common-Wealth » (traduit par « De la République » ou « De l'État »), va fonder la théorie du contrat : « c'est comme si chaque individu devait dire à tout individu : j'autorise cet homme ou cette assemblée d'hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière » (chapitre 17). Ce contrat fait de chaque individu le sujet volontaire de l'institution politique dont le souverain est l'expression. Cessant d'être le produit de la coutume ou d'une puissance transcendante, la loi est conçue comme l'expression du souverain, seule source légitime de toute autorité. Représenté en frontispice de l'ouvrage comme un géant couronné, un glaive dans une main, une crosse dans l'autre, le Léviathan, véritable « dieu mortel », fondé sur un calcul rationnel à partir d'une analyse mécaniste des corps humains et sociaux, vient remplacer toutes les instances naturelles ou révélées sur lesquelles, jusqu'alors, les hommes ont fondé la légitimité des pouvoirs nécessaires à la vie en société. En se fondant sur des interprétations de l'écriture sainte, les deux dernières parties du Léviathan sont consacrées à une étude « théologico-politique » qui met à mal les pouvoirs ecclésiastiques et avant tout ceux de Rome, et redit, sous un autre angle de vue, la nécessité de faire du pouvoir politique la seule autorité.
Avec le Léviathan, Hobbes fait entrer la réflexion sur le politique sur les voies de la science moderne ; il a pu être considéré aussi bien comme le précurseur des totalitarismes que comme le théoricien prophétique des démocraties modernes et des droits de l'homme. Rousseau et Kant, Hannah Arendt et Leo Strauss, Carl Schmitt et nombre d'exégètes contemporains ne cesseront de le lire et de le discuter. Signe de l'inépuisable fécondité de sa pensée.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



