« Schönberg est mort » : tel est le titre, resté fameux, d'un article que le jeune Pierre Boulez écrivit peu après la disparition de l'auteur de Pierrot lunaire. Il s'agit d'un cas classique de « meurtre du père », car le compositeur Boulez n'existerait pas sans Schönberg, pas plus que Stockhausen, Nono (son gendre !) ou les autres pionniers du sérialisme dans les années d'après-guerre ; ceux-ci se réclamaient sans doute davantage d'Anton Webern (sauf, précisément, Nono), mais Webern, tout comme Alban Berg, est impensable sans Schönberg.
Arnold Schönberg demeure plus admiré qu'aimé (sauf d'une minorité) ; il suscite aujourd'hui encore bien des polémiques et des aversions, voire des haines, et sa musique, à l'exception de l'une ou l'autre page de jeunesse, ne s'est pas intégrée au grand répertoire des concerts : il n'atteint pas, et n'atteindra sans doute jamais, à la popularité de son grand antipode, Igor Stravinski. Et pourtant, il a eu encore plus d'importance historique, la plus grande pour son temps, un temps qui suit immédiatement celui de Debussy.
L'homme et l'œuvre sont d'un abord austère, abrupt ; bien des musiciens d'aujourd'hui, et non des moindres, à qui on demanderait quel est le plus grand compositeur de la première moitié du xxe siècle, seraient tentés de lui appliquer le « Victor Hugo, hélas... » de Gide. Sa production, de son premier chef-d'œuvre, Verklärte Nacht (La Nuit transfigurée, 1899), au Psaume moderne qu'il laissera inachevé en 1951, renferme nombre des œuvres fondamentales de ce temps ; pourtant, elle n'est pas particulièrement abondante et son inspiration est inégale, si sa facture reste toujours un objet d'étude et d'admiration.
Cet homme, qui a révolutionné la musique en mettant fin à trois siècles d'hégémonie du système tonal, s'est défini comme « un conservateur forcé par les circonstances de devenir un radical » ; et ses opinions politiques (même aux États-Unis, il demeura partisan de la monarchie des Habsbourg, dont il regrettait la dispar […]
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