2. La fin d'une lignée
De son vivant, déjà, Böhm faisait partie de la légende des grands chefs d'orchestre. Ses colères étaient réputées, mais ceux qui savaient découvrir l'autre aspect de son caractère connaissaient un homme généreux, spontané et profondément intransigeant à l'égard de la musique. Il avait perdu l'usage d'un œil depuis très longtemps et, sa vue s'affaiblissant, dirigeait sans lire la musique. Les contacts étaient parfois difficiles et il est certain que les musiciens viennois et berlinois entretenaient avec lui des relations beaucoup plus cordiales que les Parisiens, qui ne l'avaient connu qu'assez tard.
Böhm avait reçu de Bruno Walter un sens du phrasé et de l'allégement des masses propre à servir Mozart. Richard Strauss lui avait donné le sens du temps exact, adapté à chaque œuvre mais aussi à chaque circonstance. Il avait également profité des conseils de Carl Muck, dont il vénérait la direction wagnérienne. Chef de tradition, fidèle à lui-même et à la musique qu'il servait, Böhm était une exception au sein d'une époque où domine la remise en question permanente. Ses interprétations sont restées étonnamment proches les unes des autres tout au long de sa carrière : point de ces grandes fluctuations auxquelles nous ont habitués Charles Münch, Herbert von Karajan ou Leonard Bernstein, mais une marche lente et progressive vers un idéal artistique impossible à atteindre.
Sa conception mozartienne étonne par sa vie intérieure, mais elle continue de dérouter dans le contexte actuel. De même, sa vision de Richard Strauss – la plus authentique que nous connaissions, probablement – peut sembler dépassée par la lecture brillante et tempétueuse de certains de ses successeurs (Karajan, Solti, Sinopoli, Carlos Kleiber..). Böhm a refusé de suivre l'évolution d'une époque pour rester lui-même.
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