2. Anticipation et prospective
La grande idée de Verne, que Hetzel va l'aider à préciser et à mettre en forme, c'est celle d'écrire le « roman de la science », c'est-à-dire de remplacer le merveilleux des fées par un autre, celui de l'humanité pensante et surtout savante.
L'idée n'est pas nouvelle. On la trouve dès le xviie siècle, dans l'ironie de Perrault à l'égard de la magie, si sensible par exemple dans Cendrillon, et plus nettement encore au xviiie siècle, dans Alphonse et Dalinde, nouvelle d'anticipation avant la lettre de Mme de Genlis, dans les Veillées du château, mais le développement particulièrement rapide des techniques et des sciences, en ce deuxième tiers du xixe siècle, permet une sorte de transmutation de l'utopie. Elle cesse d'être rêverie et se propose comme un passage à la limite à partir des données les plus récentes de la science.
La science constituera la clé et la structure de ces Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus dont la parution régulière va se poursuivre pendant plus de quarante ans – d'abord dans Le Magasin d'éducation et de récréation, revue fondée par Hetzel à l'intention de la jeunesse, puis en volumes de format in-12 et in-8, reliés en toile, la très fameuse reliure dite « au phare » ou « au dirigeable », très recherchée par les bibliophiles : une centaine de volumes, dont une dizaine posthumes.
Le premier mérite de Jules Verne, qui a fait de lui l'auteur favori des « culs-de-plomb » (suivant sa propre expression), c'est de faire voyager son lecteur, à une époque où les voyages restent encore exceptionnels. Ses héros parcourent le monde, terres proches ou lointaines, régions moins connues ou tout à fait inconnues, forêts vierges, grands lacs africains, étendues glacées de la calotte polaire. Mais ce n'est là qu'une des dimensions du voyage. L'exploration de l'univers se poursuivra dans d'autres directions : fonds sous-marins, couches élevées de l'atmosphère, espaces infinis du cosmos, abîmes souterrains qui mènent au « cen […]
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