Dès l'annonce de son prix Nobel d'économie, partagé le 10 octobre 2001 avec George Akerlof et Michael Spence, Joseph Stiglitz n'a pas failli à sa réputation et s'est empressé de dénoncer les baisses d'impôt décidées par George W. Bush, l'idéologie du tout privatisable et l'hypocrisie américaine vis-à-vis des paradis fiscaux. Après trente-cinq années d'une carrière plutôt atypique, marquée par une rébellion peu commune dans l'univers feutré des institutions internationales, Stiglitz a conservé son franc-parler.
1. Chantre du néo-keynésianisme
Il naît en 1943 à Gary, dans l'Indiana, une ville sinistrée par le déclin de ses activités industrielles. Son père, Nat, a vendu des contrats d'assurance jusqu'à plus de quatre-vingt-dix ans, tandis que sa mère enseignait l'anglais aux immigrants.
Après sa licence au Amherst College, il obtient une bourse pour préparer son doctorat (1967) au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.). Ses projets de recherche intéressent plusieurs fondations qui financent ses travaux en même temps qu'il enseigne la politique économique au All Souls College d'Oxford. À vingt-six ans, en 1969, il devient professeur à Yale, puis il quitte sa chaire en 1979 pour Princeton où il enseigne jusqu'en 1988, date à laquelle il est nommé à l'université Stanford.
Stiglitz appartient au courant de pensée des « nouveaux keynésiens », ces économistes qui ont introduit dans la problématique keynésienne (de nature macroéconomique) l'étude des comportements individuels (de nature microéconomique). Avec eux, Stiglitz contribue à fonder la nouvelle microéconomie qui, depuis les années 1970, se démarque des hypothèses de marchés parfaits propres à la théorie walrasso-parétienne. Selon lui, les défaillances du marché (market failures) laissent une place à l'intervention de l'État et à l'instauration de règles volontaristes adoptées par la négociation ou le compromis. Les rigidités existent mais elles résultent des comportements des individus confrontés à deux phénomènes particu […]
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