Lorsque Alfred Nobel rédigea son testament en 1895, il retint, parmi les domaines aptes à conférer « les plus grands bienfaits à l'humanité », la physique, la chimie, la physiologie ou la médecine, la littérature et, enfin, non un domaine mais un idéal en faveur duquel œuvrer, la paix mais... pas l'économie, ni d'ailleurs les mathématiques. Aux justifications légendaires de cette exclusion (un amour déçu et volé par un mathématicien de renom), il convient de préférer une explication simple : Alfred Nobel associait plus de prestige aux découvertes et aux inventions, auxquelles il avait lui-même contribué (en attestent à sa mort en 1896 ses 355 brevets), qu'aux sciences mathématiques et théoriques, dont l'économie prenait alors le chemin.
Toutefois, le renom des cinq prix Nobel, décernés à partir de 1901, amènera la Banque de Suède (la Sveriges Riksbank) à instituer, en 1968, à l'occasion de son trois centième anniversaire, un « prix de sciences économiques à la mémoire d'Alfred Nobel ». Décerné par l'Académie royale des sciences de Suède (comme les prix de physique et chimie), ce prix récompense des travaux en économie, selon les mêmes critères que le prix Nobel. Ragnar Frisch (Norvège) et Jan Tinbergen (Pays-Bas) furent, en 1969, les premiers économistes distingués pour leurs contributions à l'économie mathématique et à l'économétrie. D'autres travaux méthodologiques ont depuis lors été récompensés (par exemple, Wassily Leontief, 1973 ; James Heckman et Daniel McFadden, 2000), mais ont surtout été distinguées des contributions au paradigme dominant, relatives à la théorie de l'équilibre général (Kenneth Arrow et John Hicks, 1972 ; Gérard Debreu, 1983...), la macroéconomie (Milton Friedman, 1976 ; James Tobin, 1981 ; Robert Mundell, 1999) et la microéconomie (James Mirrlees et William Vickrey, 1996 ; Harry Markowitz, Merton Miller, William Sharpe, 1990). La distinction de recherches plus éclectiques, à la croisée de plusieurs disciplines, a été plus rare (Herbert Simon, 1978 ; Amartya Sen, 1998).
Jézabel COUPPEY
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