2. Un économiste critique
La voix de Stiglitz se fait entendre au-delà du milieu académique. Surtout lorsque le président Bill Clinton fait de lui en juin 1993 le directeur de ses conseillers économiques. Depuis le début des années 1990, Stiglitz anime la controverse qui oppose, au sein de la Banque mondiale, les « révisionnistes » et les « néo-classiques ». Pour ces derniers, l'État accompagne « amicalement » (friendly) le marché ; pour Stiglitz, l'État conduit le marché par des politiques sélectives de crédit (financial restraint) et de soutien à l'exportation. Le « révisionniste » dénonce sans relâche le « consensus de Washington », ce discours, commun au F.M.I. et à la Banque mondiale, selon lequel la libéralisation financière permet le développement du marché des capitaux et, par suite, la croissance dans les pays en développement.
Après la crise asiatique de 1997, la critique de Stiglitz, alors chef économiste de la Banque mondiale, se durcit. Une violente polémique éclate entre lui et Stanley Fisher, son homologue au F.M.I., à propos des remèdes imposés par le Fonds aux pays asiatiques. La Banque se désolidarise alors des positions du F.M.I. sur la conditionnalité de l'octroi des crédits. Mais, un an plus tard, James Wolfensohn, son président, doit sacrifier Stiglitz dont la liberté de ton exaspère les tenants de l'orthodoxie financière.
Stiglitz a depuis lors rejoint l'université Columbia de New York et continue d'invectiver le F.M.I. et la Banque mondiale. Ses travaux alimentent une réflexion politique devenue majeure : quelle doit être la place des institutions internationales dans le processus de globalisation ?
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