2. Le « Cyclop »
Instruments de protestation contre notre époque, machines imparfaites qui réfutent le culte de l'objet neuf produit par la société de consommation, les œuvres de Tinguely se font de plus en plus volumineuses. En témoigne une œuvre géante, entreprise à la fin des années 1960 avec son ami le sculpteur suisse Bernhard Luginbühl et conçue comme une « station culturelle » située dans une immense structure métallique en forme de tête et comportant une « entrée par l'œil » et une sortie « toboggan ». Commencée en 1968 dans la forêt de Fontainebleau, à Milly, la réalisation du Cyclop s'est poursuivie jusqu'en 1991, année de la mort de l'artiste : cette tête de 22,50 mètres de hauteur est formée de 600 tonnes de ferraille environ et peut se visiter depuis 1994. Le Cyclop est une œuvre collective, puisque Tinguely y a progressivement associé d'autres artistes : Niki de Saint Phalle, Arman, Spoerri, Soto, César... Le Cyclop accueille d'ailleurs les œuvres des amis de Tinguely : Pénétrable de Jesús Rafael Soto, installée en 1993 et composée de tiges métalliques suspendues qui émettent un son de cloche lors de leur mise en mouvement ; l'Accumulation d'Arman faite des gants de travail utilisés pour la construction de la sculpture monumentale ; l'installation conçue par Eva Aeppli en mémoire des Juifs déportés pendant la Seconde Guerre mondiale ; la grande oreille articulée au mouvement lent de Bernhard Luginbühl. Dans ce monument, Tinguely rend également hommage à ses amis artistes, comme Yves Klein ou Daniel Spoerri.
Peintes en noir – « le noir est une manière de faire disparaître l'objet trouvé » –, animées parfois d'un merveilleux humour, ces machines promènent, tel Hannibal (1967-1968, Verkehrsverein, Bâle), leur absurde et incessant va-et-vient dans lequel le sculpteur retrouve l'« éternel esprit de Sisyphe ». Mais il se renouvelle a […]
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