Installée depuis 1994 à San Diego (Californie), Niki de Saint Phalle fut probablement l'une des artistes les moins conventionnelles de son temps, marquée pourtant par les innovations du groupe du Nouveau Réalisme fondé en 1960 autour de Pierre Restany, groupe dont elle fit partie, et par l'art de la performance, dans lequel s'inscrivent ses Tirs à la carabine. Rien ne semblait destiner cette fille de famille née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle à Neuilly en 1930, élevée en France et aux États-Unis dont sa mère était originaire, à une carrière d'artiste provocatrice. Rien si ce n'est un tempérament rebelle : après avoir posé comme mannequin pour les revues les plus chics et fait la couverture de Life Magazine, Vogue et Harper's Bazaar, elle s'enfuit à dix-huit ans avec Harry Mathews qui devint son premier mari.
1. Les « Tirs »
Développer l'imaginaire à partir de la vie, en autodidacte, parfois à des fins quasi thérapeutiques, c'est ce que fait d'emblée Niki de Saint Phalle dans ses premières toiles des années 1950, hautes pâtes brutes à la manière d'un Dubuffet, monde de l'enfance, de la fête ou de la peur où les châteaux se détachent toujours sur un fond noir de violence rentrée. Découvert lors d'un séjour en France, le concept de cathédrale, en tant qu'« idéal collectif », impressionne Niki de Saint Phalle et deviendra plus tard un aspect important de son œuvre. En 1955, elle visite à Barcelone le parc Güell de Gaudí qui la marque durablement : elle aussi créera un « jardin de joie pour les gens ». La même année, elle visite à Hauterives le Palais idéal du facteur Cheval et fait la connaissance de Jean Tinguely (1925-1991) et de sa femme Eva Aeppli.
À partir de 1959, sous l'influence de l'art de Pollock, de De Kooning et des néo-dadaïstes américains Johns et Rauschenberg, elle réalise des tableaux-assemblages. En 1961, l'un d'eux, Portrait of my Lover, composé d'une chemise surmontée d'une cible, sur laquelle les spectateurs étaient invités à jeter des fléchettes, est à l'origine des tableaux […]
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