Le nom d'Ispahan (ou Iṣfahān), rendu célèbre en Europe par une longue suite de relations de voyages, avait d'abord désigné un district de peuplement dense, fortement urbanisé, sis sur le cours inférieur du Zandè-Roud. La ville d'Ispahan, telle qu'elle subsiste aujourd'hui, est marquée par l'aspect architectural que lui ont imprimé deux périodes d'apogée politique, sous les Seldjoukides (xie-xiie s.) et sous les Séfévides (xvie-xviie s.). Redevenue depuis lors capitale provinciale, sa déchéance l'a préservée partiellement des excès de l'urbanisation aberrante de notre temps, et lui a valu de conserver, mieux qu'aucune autre ville d'Iran, le charme millénaire de la vieille Perse. Si elle ne mérite plus l'épithète de « moitié du monde » (Esfahān, nesf-e jahān), elle n'en demeure pas moins, au milieu d'une oasis intensément cultivée, une des plus importantes cités du plateau iranien.
1. Le site
Comme toutes les grandes villes iraniennes, Ispahan s'est développée en bordure d'un massif montagneux, celui du Luristan, d'où descend le Zandè-Roud ou Zāyandèroud ; « le fleuve qui donne la vie » irrigue, grâce à un réseau complexe et très ancien de canalisations, un territoire fertile parsemé de gros villages. Située au carrefour des routes du Kurdistan (et, par-delà, de l'Irak), des provinces du Nord, du Khorassan et du Fars, la région réunissait donc toutes les conditions propices à l'apparition de la vie urbaine. Ainsi qu'il arrive communément, ce que l'on connaît de son passé se réduit à une série de mentions de toponymes, en partie hypothétiques, jusqu'à ce que les textes arabes révèlent, au temps de la conquête islamique, l'existence de deux noyaux urbains juxtaposés : Djay, la cité ancienne, ceinte d'un rempart percé de quatre portes, et, à une demi-lieue vers l'ouest, Yahoudiyè, « la [ville] juive », ville neuve à douze portes, construite sans doute au ve siècle de notre ère (et non, comme le veut la tradition, au temps de la captivité de Babylone). Concurrencé par ce nouveau centre urbain, Dj […]
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