3. Le dépeuplement
En 1387 Tamerlan fait châtier exemplairement la ville, qui s'est rebellée contre ses collecteurs d'impôts. La troupe reçut l'ordre de massacrer toute la population mâle et de construire des tours de têtes coupées. L'opération fut soigneusement planifiée. Tandis que des détachements isolaient quelques demeures de privilégiés, chaque unité eut à présenter un nombre de têtes déterminé aux comptables de l'armée. Un chroniqueur rapporte : « Certains soldats qui ne voulaient pas tuer [d'autres musulmans] de leur propre main achetaient des têtes aux guerriers turcs de Tamerlan et les remettaient [aux comptables]. Au début de l'opération une tête valait vingt dinars transoxianais ; à la fin, quand chacun eut livré sa quote-part, le prix d'une tête tomba à un demi-dinar et personne n'en achetait plus. Mais tout pareillement [les tueurs] continuaient à tuer ceux qu'ils trouvaient. » Un autre note : « À la fin les soldats ne trouvaient plus d'hommes. Il rasaient la tête des femmes et la leur coupaient, et remettaient ces têtes aux commissaires. » L'historien Hāfez-e Abrou, un des commensaux de Tamerlan, témoin oculaire de l'extermination, raconte : « D'après les registres et les procès-verbaux on recueillit soixante-dix mille têtes. Entre soldats on s'achetait des têtes et on les présentait aux points fixés pour cela. Sur ordre de Tamerlan on en fit des minarets et des tas. Je me promenais ce jour-là avec Abdollah Lesān, l'astrologue [de Tamerlan], hors de la ville, de la porte du Tuqtchi jusqu'à la citadelle de Tabarak, ce qui équivaut à la moitié de son pourtour. On avait construit des minarets de têtes. Nous en comptâmes vingt-huit, chacun étant fait, l'un dans l'autre, de plus de mille têtes et de moins de deux mille. Il pouvait y en avoir approximativement quinze cents en moyenne. Ce qui fait quarante-deux mille têtes. Il y avait aussi des minarets des autres côtés de la ville, mais la majeure partie était de ce côté-là. »
D'après le calcul précis de l'historien persan, on peut […]
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