3. Originalité de la culture isidorienne
Sélectionner, organiser, concentrer, rendre assimilable l'héritage de la culture hellénistique et romaine : pour réaliser ce programme, Isidore applique à toutes les connaissances quatre catégories de pensée qu'il tire des traditions de la grammaire antique. Des mots aux choses, la différence et l'analogie cernent tout objet de connaissance en le distinguant et le rapprochant des autres. La glose s'exerce à le définir en lui-même. L'étymologie ambitionne enfin de saisir l'essence même des choses à travers l'origine des mots, en vertu d'une conviction doublement fortifiée par la philosophie stoïcienne et les traditions exégétiques judéo-chrétiennes. Isidore la définit comme « l'origine des vocables, quand on saisit le sens d'un mot au moyen de son interprétation ». Cet esprit latin reste donc plus sensible à l'image historique impliquée dans le terme origo qu'au sens abstrait du vocable grec de l'etymologia, « par laquelle le vrai se manifeste dans sa clarté ». Le mouvement profond de la culture isidorienne se définit ainsi comme un pèlerinage aux sources des choses à travers celles des mots. Renaissance, mais dans une acception affectée de pessimisme stoïcien : la vérité ne peut renaître que par un retour à la pureté des origines.
Cette culture n'est point, pour autant, une fuite vers les origines perdues, hors d'un présent irrémédiablement dégradé. L'optimisme nationaliste de l'historiographie isidorienne est là pour démentir une exégèse aussi romantique de son œuvre. La plupart de ses ouvrages sont, comme naguère pour Augustin, les commandes de destinataires précis : parents, disciples, confrères, princes. Isidore est au moins l'auteur principal de la plus ancienne collection canonique : l'Hispana vetus. Homme d'Église et, indirectement, d'État, tout autant que « scholar » voué au culte de muses chrétiennes, évêque avant d'être écrivain, et écrivain parce que pasteur conscient de ses responsabilités.
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