2. L'œuvre littéraire et ses sources
Isidore est né, il a vécu et écrit dans la plus romanisée des provinces de l'Espagne romaine : la Bétique (l'actuelle Andalousie) ; la plus ouverte aussi, depuis des millénaires, aux influences de l'Orient et de l'Afrique. À l'entrée de la bibliothèque sévillane, on pouvait lire : « Il est ici bien des œuvres sacrées, bien des œuvres profanes » ; ce vers trace à lui seul un programme. L'Afrique chrétienne, persécutée par les Vandales, mal reconquise par les Byzantins, continuait d'enrichir l'Espagne de ses réfugiés et de leurs livres. Havre de paix dans l'Occident de cette fin du vie siècle, l'Espagne se trouve appelée à devenir comme le conservatoire de la culture antique ; la bibliothèque sévillane en est alors le centre le plus brillant. Tout en accordant une priorité aux grands écrivains chrétiens du ive au vie siècle, en particulier Augustin, Cassiodore, Grégoire le Grand – ce dernier fut l'ami personnel de son frère aîné Léandre –, Isidore tente d'assumer cet immense héritage dans toute sa diversité. C'est pourquoi manuels scolaires et auteurs classiques s'associent, dans les sources de ses œuvres, aux Pères latins les plus anciens : Tertullien, Cyprien, Hilaire, Ambroise.
La formation intellectuelle et spirituelle des clercs, des moines, mais aussi des laïcs destinés aux responsabilités politiques, importe à cet évêque ami des monarques. C'est à leur usage qu'il multiplie les manuels d'initiation liturgique, exégétique, théologique (les trois livres des Sentences annoncent les « sommes » médiévales). N'oubliant pas que toute culture commence par le maniement précis d'une langue, il est attentif à la grammaire et aux savoirs profanes. Son œuvre culmine dans les vingt livres des Étymologies sur l'origine de certaines choses. Lointainement inspirée, dans son contenu, sa forme, et surtout son orientation à la fois érudite et « romaine », par l'œuvre de l'« antiquaire » latin Varron (le contemporain d'Octave Auguste), cette immense « encyclopédie », en un sens encore antique et déjà médiévale, embrasse, entre les sept arts et les techniques matérielles, le droit, la médecine, les savoirs sacrés et les sciences naturelles. Son auteur fut aussi historien, poète, liturgiste.
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