Failed entity, entité politique vouée à l'échec, séquelle d'une décolonisation inachevée aux yeux des uns, province assiégée du Royaume-Uni issue de l'exercice légitime du droit à l'autodétermination aux yeux des autres, l'Irlande du Nord trouve son fondement dans une loi britannique de 1920, le Government of Ireland Act. Elle donnait naissance, dans les six comtés de colonisation du nord-est de l'île, à un État-région bénéficiant, au sein du Royaume-Uni, d'un régime d'autonomie interne étroitement subordonné au Parlement impérial. Ses frontières, découpées de manière à assurer aux protestants unionistes pro-britanniques une durable hégémonie, englobaient un tiers de catholiques irlandais nationalistes, soupçonnés de déloyauté envers le nouvel État régional et, en tant que tels, traités en citoyens de seconde zone dans les domaines de l'emploi, du logement et de la représentation politique locale.
Aussi, l'histoire de cette société divisée, caractérisée par l'absence de consensus, fut-elle ponctuée à intervalles réguliers de violents soubresauts. À la fin des années 1960, une campagne non violente déclenchée par les catholiques en vue d'obtenir l'égalité des droits civiques avec les protestants dégénéra en un conflit sanglant entre police et armée britanniques, républicains irlandais et organisations paramilitaires loyalistes, ce dernier terme désignant les unionistes extrémistes partisans de la violence au nom de la défense de l'intégrité du Royaume-Uni. En près de trente ans, ce conflit a fait plus de 3 700 morts et 40 000 blessés.
En 1973, une première tentative de règlement politique sur la base d'un gouvernement d'union intercommunautaire buta sur l'intransigeance des loyalistes pro-britanniques. Coordonnant, plus de vingt ans plus tard, leurs efforts pour pacifier une situation jugée à tort inextricable, les gouvernements de Dublin et de Londres, épaulés par les États-Unis, obtiennent un cessez-le-feu des organisations paramilitaires impliquées dans les affrontements communautaires. L' […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 14 pages…



