Né à Dulwich, en Angleterre, Howard Barker est l'auteur d'une œuvre impressionnante : plus de cinquante pièces de théâtre, quelque six recueils de poèmes, un ouvrage théorique (Arguments for a Theatre, 1989), un opéra, une pièce pour marionnettes, deux films. Il n'a que peu marché sur les traces de ses aînés, Edward Bond, John Arden ou encore Harold Pinter. Bien que nourri, comme eux, de Shakespeare, de Beckett, de Tchekhov pour les dramaturges, et de Craig, de Brecht et d'Artaud pour les théoriciens, il s'est très vite désolidarisé de ses contemporains (Howard Brenton, David Hare ou David Edgar) et de leurs entreprises politiques radicales. Partisan d'un théâtre exigeant qui traiterait enfin le spectateur en adulte, Barker place le langage au centre d'une forme dramatique nouvelle, mieux à même de dire la complexité de l'homme.
Jusqu'au début des années 1980, les pièces de Barker relèvent du théâtre sociopolitique. Les thèmes abordés se concentrent autour du pouvoir et de ses malversations (That Good between Us, 1977), de la lutte des classes (Claw, 1975), de la guerre (The Love of a Good Man, 1978), de la décomposition de la société britannique (The Hang of the Gaol, 1982). Durant cette première période, Barker signe des pièces où l'abjection et le macabre poussés à l'extrême permettent de définir les contours d'un nouveau théâtre politique, non naturaliste, éloigné du kitchen sink drama cher à Wesker ou à Osborne. Barker subvertit la forme de la pièce politique, soit en usurpant l'esthétique post-brechtienne très en vogue dans les années 1970 de l'agit-prop play (théâtre de propagande), avec ses adresses directes au spectateur (comme dans Claw), soit en optant pour le mode parodique : ainsi les deux personnages de The Love of a Good Man – Hacker et son acolyte Clout – semblent inspirés des deux « clowns » de la scène du cimetière, dans Hamlet.
Avec Victory (1983), qui met en scène la veuve du puritain Bradshaw à la recherche des restes de son mari sous le règne de Charles I […]
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