Des auteurs dramatiques du « nouveau théâtre anglais » des années cinquante et soixante, John Arden est sans doute le plus brechtien. Comme Brecht, il croit nécessaire un détour par la fable, ou par l'histoire, pour rendre compte du monde contemporain. Pour lui, comme pour Brecht, le théâtre est une activité collective à laquelle doivent participer créateurs et techniciens et qui s'adresse à un public spécifique dont il doit refléter, directement ou indirectement, les préoccupations.
Sa formation d'architecte le pousse à s'intéresser aux aspects techniques du théâtre, d'où la complexité de ses dispositifs scéniques. Ses convictions politiques le poussent à poser en termes théâtraux des conflits de groupes plutôt que des conflits individuels, des problèmes qui touchent à la vie des citoyens dans la cité. Comme Wesker et comme Bond, c'est un poulain du Royal Court où est montée, dès 1957, Les Eaux de Babylone (The Waters of Babylon). Cette comédie aux multiples rebondissements montrait dans le Londres de 1956 une nouvelle Babylone de la corruption et de l'exil où se côtoyaient prostituées, politiciens, exploitants immobiliers, immigrés exploités et souteneurs. Il n'était pas facile d'y trouver un message clair ni de savoir qui le public devait juger et condamner. La pièce suivante fut, en 1958, Vous vivrez comme des porcs (Live Like Pigs) : quelle solution trouver au problème des marginaux qui n'arrivent pas à s'intégrer dans la forme aseptisée de société que leur propose, ou voudrait leur imposer, le Welfare State ? La pièce posait la question sans donner de réponse. Ni réquisitoires ni plaidoyers, toutes les premières pièces d'Arden refusent de diviser le monde entre bons et méchants, de juger de haut les conduites humaines. Et, de même qu'il refuse tout dogmatisme et manichéisme, Arden se montre éclectique dans le choix de ses moyens. Il emprunte à toutes les traditions : la moralité médiévale, le drame élisabéthain, le music-hall moderne, les ballades populaires, voire les masques dans L'Asile du bonheu […]
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