Née à Kelvedon Hatch (Essex) d'une mère enseignante et d'un père journaliste, la dramaturge anglaise Sarah Kane choisit à dix-sept ans de poursuivre ses études dans le département de théâtre de l'université de Bristol. C'est là qu'elle commence à écrire pour le théâtre et qu'elle acquiert une expérience de metteur en scène et d'actrice en jouant le rôle de Bradshaw dans la pièce d'Howard Barker, Victory (1983). En 1992, après avoir vu Mad de Jeremy Weller au festival d'Édimbourg, Sarah Kane prend la mesure de ce qu'elle a envie d'écrire : un théâtre de l'expérience (experiencial).
Sarah Kane est l'auteur d'une œuvre courte et percutante, que son suicide interrompt brutalement. Ses cinq pièces – Blasted (1995), Phaedra's Love (1996), Cleansed (1998), Crave (1998) et 4.48 Psychosis (2000) – montrent une progressive évolution de l'écriture dramatique qui, à partir d'un fonctionnement jouant sur le choc visuel, s'oriente vers une esthétique fondée sur l'univers sonore et le jeu des voix.
Sarah Kane s'inscrit dans le sillage le plus extrémiste d'un théâtre de l'abjection et de l'apocalypse dont Edward Bond et Howard Barker ont été les premiers artisans. Comme autant de cris de désespoir, ses pièces laissent transparaître aussi l'influence de T. S. Eliot, le poète de La Terre vaine, et de Samuel Beckett. En dépit des thèmes abordés et de sa volonté d'expérimenter de nouvelles formes dramaturgiques toujours plus aptes à dire l'horreur, l'œuvre de Sarah Kane conserve un degré de poéticité rarement égalé dans ce théâtre des nasty nineties, qui la rattache davantage aux œuvres de ses maîtres qu'à celles de ses congénères du In-Yer-Face Theatre, le « théâtre coup-de-poing », qui regroupe des dramaturges des années 1990 tels que Mark Ravenhill ou l'Écossais Irvine Welsh. Comme Bond, et surtout comme Steven Berkoff et Howard Barker, Sarah Kane est une dramaturge politique. Mais, comme Pinter, elle traduit le politique en termes domestiques, en parlant du général par le biais de l'individuel.
Exigeantes, impo […]
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