3. Le chef charismatique
Mais Karajan est aussi l'une des figures marquantes de la direction d'orchestre. Il possédait un charisme qui envoûtait les musiciens et lui permettait de mener avec eux cette recherche constante de la perfection. Contrairement à ce que laisse entendre une certaine légende, il n'a pas bâti l'Orchestre philharmonique de Berlin : Furtwängler lui avait laissé un outil de très haut niveau. Il en a fait un orchestre moderne, probablement plus subtil dans le domaine du raffinement sonore et capable de s'adapter à tous les répertoires. Mais, surtout, il est parvenu à créer entre ses musiciens et lui une complicité proche de l'osmose et qui se traduit par une exceptionnelle homogénéité.
Karajan aimait à découvrir de jeunes solistes dont il aidait les débuts en les accompagnant (Christoph Eschenbach, Gundula Janowitz, Hildegard Behrens, Agnes Baltsa, Anne-Sophie Mutter, François-René Duchâble, Evgeni Kissin...). À l'inverse, la musique contemporaine ne semblait pas l'attirer beaucoup. Parmi les quelques créations qu'il a dirigées figurent des œuvres de Rudolf Wagner-Régeny (Die Bürger von Calais, « Les Bourgeois de Calais », 1939), de Gottfried von Einem (Concerto pour orchestre, 1944), de Carlf Orff (Trionfo di Afrodite, « Le Triomphe d'Aphrodite », 1953 ; De Temporum finae comoedia, 1973), de Heinrich Sutermeister (Missa da Requiem, 1953), de Fritz Leitermeyer (Rhapsodische Skizzen, 1963) et de Hans Werner Henze (Antifone, 1962). Mais il était surtout un homme de répertoire, qu'il n'a cessé de remettre sur le métier (il a enregistré l'intégrale des symphonies de Beethoven à cinq reprises) : après la profondeur des années 1950, son approche gagne en brillant et en spectaculaire, avec une certaine dureté, puis il semble s'enfermer dans un univers de vitesse mal adapté à cette alchimie du son qui s'impose sans cesse davantage chez lui. C'est ce dernier visage qui triomphera ; il saura même le pousser jusqu'à la transparence, sans jamais perdre cette vision dramatique ni cette sensualité qui permettent d'identifier ses interprétations à toute les époques de sa vie. « Il a créé un son d'orchestre qui est tout à fait représentatif de sa personnalité », a écrit Claudio Abbado, son successeur à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin.
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