2. L'homme médiatique
Les traits essentiels du caractère de Karajan transparaissent dans sa biographie : une volonté incontournable, une autorité intraitable, une recherche constante de la perfection. Chaque étape de sa carrière lui permet de se placer pour les décennies futures : à Ulm, il songe déjà à Salzbourg ; à Aix-la-Chapelle, il trouve un tremplin pour Berlin et, pendant qu'il est interdit de direction publique à Vienne, il y enregistre quelques-uns de ses meilleurs disques. Patiemment, il attend la succession de Furtwängler, car il sait qu'elle lui est dévolue. Son passage à la Scala prépare son arrivée à l'Opéra de Vienne ; plus tard, il fera des Berliner Philharmoniker les principaux acteurs du festival de Pâques à Salzbourg, pour régler ses comptes avec les Viennois.
La personnalité de Karajan agaçait ou fascinait, mais elle ne laissait jamais indifférent. Aux antipodes du cliché traditionnel de l'artiste, il apparaissait davantage sous les traits d'un homme d'affaires qui avait soigneusement construit son empire au fil des années : en 1984, les musiciens berlinois ont cédé devant lui car ils savaient quelle masse de royalties ils perdraient si Karajan cessait d'enregistrer avec eux. Le jet privé, le yacht, les voitures de sport, Saint-Tropez font partie du personnage. Il possédait un sens inné de la communication et a été le premier interprète classique à comprendre que la musique devait sortir de son sanctuaire pour s'engager dans les différents domaines médiatiques.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



