Fondé en 1882, l'Orchestre philharmonique de Berlin (Berliner Philharmonisches Orchester) a toujours été considéré comme l'une des meilleures et des plus prestigieuses formations symphoniques du monde. Son homogénéité, l'élan collectif qui s'en dégage reflètent dans ce qu'elle a de plus fort la tradition des orchestres allemands : discipline, insertion progressive des instrumentistes, qui gravissent généralement les échelons au sein de l'ensemble avant de parvenir aux postes de solistes, continuité assurée par la durée particulièrement longue des mandats des chefs permanents... Ces chefs permanents, également directeurs musicaux, ont été nommés à vie pendant près d'un siècle, jusqu'à Karajan, ce qui explique leur nombre relativement restreint.
En 1882, quelques concerts donnés à Berlin par l'Orchestre de Meiningen sous la direction de Hans von Bülow, alors le meilleur orchestre européen, provoquent un véritable choc chez les musiciens berlinois. Les instrumentistes de l'Orchestre Bilse, l'une des rares formations de concert relativement régulière à Berlin qui jouait dans une brasserie de Charlottenburg, la Bilse Konzerthaus, décident alors de se constituer en orchestre permanent et d'abandonner les programmes à succès de Benjamin Bilse pour se consacrer au grand répertoire symphonique. Ils se donnent une véritable charte démocratique et appellent à leur tête l'un des plus grands chefs wagnériens de l'époque, Franz Wüllner (1832-1902), qui avait créé L'Or du Rhin et La Walkyrie. Wüllner n'assure que la saison 1883-1884 et laisse sa place à Karl Klindworth puis à Hans von Bülow, qui dirige l'orchestre entre 1887 et 1893. Richard Strauss lui succède de 1893 à 1895. L'orchestre a trouvé une salle, dans la Bernburger Strasse, une ancienne patinoire désaffectée qui devient la Philharmonie. En une douzaine d'années seulement, les bases de ce qui allait devenir le meilleur orchestre allemand sont jetées. Arthur Nikisch (1855-1922), à la tête de l'ensemble entre 1895 et 1922, apporte une imagination et un sens de la couleur jusqu'alors ignorés. L'orchestre eff […]
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