« La cité grecque (polis) est une communauté de citoyens entièrement indépendante, souveraine sur les citoyens qui la composent, cimentée par des cultes et régie par des nomoi [lois] » (André Aymard). Cette définition vaut pour l'époque classique (ve-ive siècle av. J.-C.), et fournit un point de départ acceptable pour l'étude d'un phénomène dont on peut suivre l'évolution du viiie siècle avant J.-C. (certains remontent plus haut) à la fin de l'Empire unifié (392) et au-delà. Géographiquement, il y eut des cités grecques depuis Alexandrie d'Arachosie (Kandahar) en Afghanistan (et même plus loin vers l'est, mais il n'en reste pas de traces) jusqu'aux côtes méditerranéennes d'Espagne (Emporion-Ampurias), depuis Ptolémaïs en Haute-Égypte jusqu'à Olbia aux bouches du Dniepr.
Un paradoxe vaut d'être signalé : si l'on excepte l'oraison funèbre de Périclès dans l'œuvre de Thucydide, on ne possède pas de traités théoriques de la démocratie véritable. Protagoras, qui fut peut-être le seul grand théoricien démocrate, n'est connu que par les allusions de Platon. Les théoriciens du ive siècle, Platon plus encore qu'Aristote, tout en poussant jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes l'idéal de la cité une et souveraine, se préoccupent d'assurer la souveraineté réelle à d'autres qu'aux citoyens : dieux, rois, philosophes, collèges de prêtres. Ainsi procédera l'époque hellénistique. Sous sa forme la plus haute et la plus neuve la cité grecque n'est connue que masquée.
Au vrai, la cité grecque, dès qu'elle est constituée comme forme politique, ne cesse d'être en crise. Dès le milieu du viie siècle, la plupart des villes importantes sont déchirées par des conflits internes qui opposent tantôt les « nobles » et le peuple, tantôt les grandes familles entre elles. Tyrans et législateurs interviennent et, pour un temps, établissent un équilibre provisoire. À ces contradictions s'ajoutent les rivalités entre États voisins, qui ne cessent de guerroyer : dans la Grèce pré-classique, la paix n'est qu'un bref intermède […]
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