2. Cité et philosophie politique
• Hérodote et Thucydide
Hérodote se propose de raconter les guerres médiques, pourquoi et comment elles ont eu lieu, pourquoi et comment, en dépit du déséquilibre des forces, les Grecs furent vainqueurs. Cicéron le nomme le « père de l'histoire » : il n'a pas tort. L'enquête présente les événements, les protagonistes, les paysages, les institutions ; elle met au jour des consécutions temporelles ; elle relie données politiques et données militaires ; elle prend prétexte des conversations entre gouvernants pour exposer les diverses thèses constitutionnelles. Sans doute l'explication ultime renvoie-t-elle à l'idée de Némésis ; il n'en reste pas moins que l'historien propose un thème politique qui, dès lors, est constant dans la pensée grecque : celui de l'unité, de la fédération ou de la confédération des cités, qui permettrait de vaincre une fois pour toutes le Barbare et d'ouvrir les terres d'Orient à la colonisation des Hellènes. En tout cas, Hérodote éclaire autrement la destinée des hommes : désormais ils sont aussi des citoyens-guerriers qui, en fonction de la décision collective, ont en main leur histoire et jouent effectivement leur vie ou leur liberté dans des actes empiriques.
Cette radicalité, qui met au centre de la réflexion la cité et les citoyens, Thucydide la prend pleinement en charge. L'Histoire de la guerre du Péloponnèse élève le récit historique à l'intégrale transparence : elle révèle les causes réelles de l'affrontement qui déchire l'Hellade pendant près d'un tiers de siècle et qui détruit définitivement les chances d'unification ; elle définit une méthode d'exposition qui met soigneusement en rapport problèmes de politique extérieure et problèmes de politique intérieure, qui relie constamment le conflit des forces sociales des États, leurs diplomaties et leurs stratégies militaires. De la sorte, Thucydide, réagissant devant ce qu'il estime être la première guerre authentique qu'ont connue les Grecs, définit un « lieu pur », celui du politique. Et la force qui traverse ce lieu, il la met au jour : les hommes ont toujours pour mobile la crainte, l'intérê […]
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