Peintre célébré par ses contemporains (Gregorio Comanini, Giovanni Paolo Lomazzo, Paolo Morigia), Giuseppe Arcimboldo est emblématique d'un goût pour l'illusion et l'ambiguïté, goût qui, particulièrement développé à la cour des Habsbourg durant le dernier tiers du xvie siècle, passe rapidement de mode dès le début du siècle suivant. Il tombe ainsi dans un relatif oubli jusqu'au milieu du xxe siècle. Considéré alors comme un précurseur de l'imaginaire surréaliste, il suscite l'intérêt d'historiens de l'art tels que Benno Geiger, lequel en propose en 1954 une première étude monographique, essentiellement focalisée sur les inventions iconographiques et, de ce fait, assignant au peintre un catalogue trop étendu. Depuis une trentaine d'années, la recherche, notamment à travers les travaux de Thomas DaCosta Kaufmann, a permis d'en préciser la personnalité artistique et d'en réévaluer la place occupée dans le contexte européen.
1. La formation lombarde
Issu d'une famille patricienne de Milan, Giuseppe Arcimboldo se forme auprès de son père, Biagio. Des documents indiquent dès 1549 qu'il est régulièrement payé jusqu'en 1558 pour des travaux de peinture dans la cathédrale de Milan, pour laquelle il pourrait avoir réalisé les cartons des vitraux consacrés à l'histoire de Loth et à la vie de sainte Catherine. En 1556, il entreprend, dans le transept de la cathédrale de Monza, un décor peint, achevé probablement en 1562 et dont subsiste en partie un Arbre de Jessé. En 1558, il est rémunéré pour une tapisserie qui, conservée dans la cathédrale de Côme, permet sur la base du style de lui attribuer les cartons d'une autre tapisserie, consacrée à saint Jean-Baptiste et vraisemblablement commandée par l'archevêque de Milan, Carlo Borromeo, pour la cathédrale de Monza (actuellement au Museo del Duomo). En marge de ses commandes officielles, il a dû, dès cette époque, élaborer des inventions plus libres, destinées à la sphère privée des collectionneurs, et manifester ainsi ce type de schizophréni […]
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