Surnommé Lange Pier (Pierre le Long), né à Amsterdam et franc-maître à Anvers, en 1535, dont il devient citoyen en 1542 et où il séjournera jusqu'en 1556 environ, après avoir logé dans ses débuts anversois chez le peintre Jan Mandyn, un suiveur habile de Jérôme Bosch, Pieter Aertsen est l'un des peintres qui assurent le mieux le lien entre l'école néerlandaise et l'école flamande et qui font éclater les cadres nationaux. Ses fils, Pieter Pietersz et Aert Pietersz, seront aussi peintres. Aertsen a formé son neveu Joachim Beuckelaer. Renommé aujourd'hui comme auteur de « Cuisines » (Jésus chez Marthe et Marie, 1559, musée des Beaux-Arts, Bruxelles), d'un réalisme à la fois opulent et familier, héroïque dans sa largeur même, il est, en fait, un peintre ambitieux et varié, traitant à la fois les compositions religieuses, les scènes de genre, le portrait : on peut suivre sa carrière entre 1543 et 1571 dans une série d'œuvres signées et datées. Les témoignages du temps lui rendent souvent hommage ; notre époque lui a redonné, à côté de Bruegel, avec qui il peut rivaliser d'importance, la place qu'il mérite dans la peinture du xvie siècle, celle d'un artiste puissant dont l'art monumental, dans de splendides gammes de tons vifs et francs, prépare et annonce, par le réalisme et la surcharge des détails, le développement de la nature morte flamande. Ses compositions, aux premiers plans entassés de légumes, restent animées d'un pathos maniériste propre au xvie siècle ; mais si la figuration — religieuse — en est souvent reléguée à l'arrière-plan, dans une position subordonnée et selon un schéma appelé à un grand succès (chez Beuckelaer par exemple), il ne faut pas méconnaître le peintre religieux, aux formats imposants et aux ambitions puissantes, qui a souffert de la tourmente iconoclaste et qui pratique une manière héroïque et digne, proche et rivale de celle de Floris (Portement de croix, musée d'Anvers, 1552).
Sylvie BÉGUIN
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