Georges Simenon est l'auteur d'une de ces œuvres qui sont à elles seules tout un univers. Marcel Aymé n'a-t-il pas dit de lui qu'il était “un Balzac, sans les longueurs” ? En effet, comme le souligne Alain Bertrand, “Simenon exprime peu pour sous-entendre beaucoup : nivelée jusqu'à l'indigence, sa prose gagne en suggestion ce qu'elle perd en expression”. Le romancier, qui s'est toujours senti plus proche des peintres et des sculpteurs que des écrivains, a lui-même déclaré qu'“il faisait de l'impressionnisme en roman” et Robert Kemp surenchérit en notant que “quand Simenon décrit, peint un paysage, il a la sûreté d'un peintre japonais”. On pourrait ajouter de même qu'en disséquant ses personnages, il confine à la maîtrise zen par la concision de son style.
Paradoxalement, cette économie de moyens, mise au service de la recherche et de la compréhension de ses contemporains, aboutit à une étonnante richesse d'introspection. C'est que Simenon possède, selon les mots de Max Jacob, “une manière unique de voir l'être dans la fourmilière humaine”. En prenant en quelque sorte “ses lecteurs pour personnages” (Roger Nimier), “en parlant de l'homme de la rue à l'homme de la rue”, et “en mettant à nu leurs communes angoisses et contradictions refoulées, en conférant un caractère universel à ce qu'il croit être une honte singulière, Simenon le déculpabilise [...]. En ce sens, Thomas Narcejac a bien raison de voir en lui moins un maître à penser qu'un maître à vivre” (Pierre Assouline).
1. L'apprentissage sur le terrain
Accompagner Simenon au fil des livres et des saisons fournirait assurément la matière d'un gros ouvrage. On se contentera ici d'un bref survol biographique.
Vendredi 13 février 1903 : naissance à Liège de Georges Joseph Christian Simenon, fils d'un comptable d'assurances et d'une vendeuse en mercerie, au confluent de plusieurs cultures, romanes et germaniques, et de statuts sociaux fort divers. Parler d'artisans wallons heureux et de négociants flamands tourmentés serait […]
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