Pendant plus d'un demi-siècle, Frank Sinatra fut une légende du show-business international ; malgré ses éclipses, ses gaffes médiatiques et son association notoire avec la mafia, sa popularité ne s'est jamais démentie. Sa fameuse voix conjuguait deux qualités exceptionnelles : le naturel et l'immuabilité. De I'll Never Smile Again (1940) à I've Got you under my Skin (1956), ou encore My Way (1969), la musicalité du crooner s'accommoda ainsi, avec une déconcertante facilité, de toutes les mutations de la chanson populaire, durant un demi-siècle. Des big bands blancs des années 1940 aux enregistrements avec Count Basie et aux légendaires orchestrations de Nelson Riddle, de la comédie musicale classique aux rythmiques plus modernes de Quincy Jones, sa pérennité vocale est indémodable. Au cinéma, il sut montrer qu'un comédien puissant et déterminé se cachait derrière la nonchalance du chanteur de charme.
1. Crooner et acteur
Francis Albert Sinatra naît à Hoboken (New Jersey) le 12 décembre 1915, de parents immigrés italiens. Alors qu'il occupe un modeste emploi dans un journal local, il se produit en amateur et gagne des concours, ce qui lui vaut d'être engagé comme vocaliste dans les orchestres de jazz de Harry James (1939) puis de Tommy Dorsey (1940-1942). Les tournées et la radio font de lui une vedette et lui permettent de débuter au cinéma dès 1941, dans des séquences isolées (Reveille with Beverly, Charles Barton, 1943). Dans Higher and Higher (1943) de Tim Whelan, avec Michèle Morgan, il tient pour la première fois le rôle principal, celui d'un chanteur appelé... Frank Sinatra. Malgré ses oreilles décollées, sa coiffure en choucroute et ses costumes trop grands, il impose une aisance inimitable, notamment dans le passage en douceur du dialogue à la chanson. Pris sous contrat par R.K.O., puis M.G.M., il égrène les rôles sans intérêt dans des comédies musicales le plus souvent insipides (The Kissing Bandit [Le Brigand amoureux], de László Benedek, 1948), à l'exception de celles où il joue les joyeux seconds couteaux auprès de Ge […]
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