
Grand novateur de la comédie musicale américaine d'après guerre, Stanley Donen fait ses premières armes comme danseur à Broadway puis, pour le cinéma, comme assistant chorégraphe de Charles Walters et de Gene Kelly dans des films réalisés notamment par Edward Buzzell, Charles Vidor — il règle un numéro de la célèbre Reine de Broadway (Cover girl, 1944) — et George Sidney. Sa première œuvre comme metteur en scène, réalisée à vingt-cinq ans avec Gene Kelly, Un jour à New York (On the Town, 1949), révolutionne le genre par son tournage en extérieurs dans les rues de New York. La comédie musicale devient ici à la fois plus réaliste dans sa technique et dans son sujet : racontant avec drôlerie les tribulations de trois marins permissionnaires, elle abandonne le thème sempiternel de la préparation d'un spectacle, point de départ de tant de films musicaux d'avant guerre.
Tourné en 1952, toujours en collaboration avec Gene Kelly, Chantons sous la pluie (Singin' in the Rain), chronique amusée des débuts du parlant, reste aujourd'hui encore un chef-d'œuvre incontesté, grâce à son dosage parfait des divers ingrédients qui le composent : un ton ironique et humoristique, la multiplicité foisonnante des péripéties d'un scénario magistralement construit, la beauté et le luxe des ballets, le brio juvénile des interprètes et, couronnant le tout, la volonté de décrire avec exactitude une époque de l'histoire du spectacle.
Durant une carrière riche et fournie, Stanley Donen réalise, parmi de multiples comédies musicales (Give a Girl a Break, 1953 ; Drôle de frimousse [Funny Face], 1957) qui seraient toutes à citer, une biographie très originale du compositeur Sigmund Romberg, Au fond de mon cœur (Deep in My Heart, 1954) et deux variations étonnantes sur le mythe de Faust, Damn Yankees (1959) et Fantasmes (Bedazzled, 1967). Grand directeur d'acteurs, Donen a aussi à son actif plusieurs réussites dans le domaine de la comédie pure, Indiscret (en 1958, avec Ingrid Bergman et Cary Grant), Voyage à deux (Two for the Road, 1966, avec Audrey Hepburn) où le charme et l'acidité font bon ménage, quand ce n'est pas, comme dans L'Escalier (Staircase, 1969) d'après la pièce de Charles Dyer (avec Richard Burton et Rex Harrison), un ton grinçant et assez attachant qui l'emporte. Il a également réussi des pastiches humoristiques de Hitchcock (Charade, 1963 ; Arabesque, 1966) et, en fin de carrière, une sorte d'autoparodie mélancolique (Movie Movie, 1978).
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