Pour les Américains, François Truffaut fut l'un des plus grands cinéastes contemporains. En France, s'il a presque toujours eu un large succès populaire, il était en général sous-estimé par la critique.
Les premiers films de Truffaut (Les 400 Coups, Tirez sur le pianiste, Jules et Jim) témoignaient d'une insolence, d'un ton neuf, d'une liberté d'écriture qui l'imposèrent d'emblée. Il avait la tendresse révoltée de Vigo, le trait vif de Cocteau, la verve chaleureuse de Renoir. Avec Godard, Chabrol et Resnais, il était à l'origine, en 1958-1960, de ce que l'on a nommé la « nouvelle vague ».
Mais, avec La Peau douce, Fahrenheit 451, La mariée était en noir, le malentendu devait éclater. Truffaut semblait choisir une forme de cinéma qu'il avait combattue lorsqu'il était critique. Il optait pour le spectacle. On le prit pour un classique. Tandis que d'autres s'acharnaient à casser le récit, il se montrait résolument narratif. Quand le jeune cinéma affirmait le déclin et la mort du personnage, il s'acharnait à faire vivre des figures inoubliables. D'Antoine Doinel à Adèle H..., de Catherine, Jules et Jim aux deux Anglaises, de l'enfant sauvage aux acteurs et techniciens de La Nuit américaine, tous ses films en effet manifestent d'abord l'amour des personnages. En un temps où la démythification était de rigueur, Truffaut allait contre la mode. Les mythes qu'il a construits patiemment sont d'ailleurs à peu près les seuls du cinéma français des années 1960, 1970.
Par sa mythologie très personnelle, Truffaut a renoué en fait avec la veine la plus vivace et la plus secrète de notre production. Celle qui unit Pagnol, Renoir, Becker et Guitry. Par cette fidélité à ce qu'il y a de plus jeune dans notre cinéma, il échappe à toute querelle des anciens et des modernes.
1. Le cinéma et la vie
Né à Paris en 1932, c'est à Clichy que François Truffaut plantera le décor des aventures d'Antoine Doinel. Parce que Jean-Pierre Léaud lui ressemble, parce que le personnage central des 400 Coups a eu comme lui une enfance douloure […]
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