Des fondateurs de la nouvelle vague, Jacques Rivette est le premier en 1956, avec un court-métrage tourné non plus en 16 mm mais en 35 mm, Le Coup du berger, à franchir le pas du professionnalisme. Il est aussi, avec Jean-Luc Godard, le plus évidemment « moderne ». C'est lui qui mettra le plus longtemps à s'imposer, malgré le succès de scandale bien involontaire que connaîtra La Religieuse. Pourtant, sa réputation d'intransigeance ouvre sur des films fondés sur le plaisir de tourner, organisant un jeu de masques qui développe une réflexion en profondeur sur l'art et le destin.
1. Absolument moderne
Jacques Rivette est né à Rouen le 1er mars 1928. La rencontre simultanée, en 1946, du journal de tournage de La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, et du film lui-même, déclenche sa vocation. Après avoir réalisé à Rouen un premier court-métrage en 16 mm, Aux quatre coins, il s'installe à Paris en 1949, où il rencontre le groupe qui complote pour « s'emparer du cinéma » et qui va donner naissance à la nouvelle vague. Quelques semaines plus tard, Maurice Schérer (Éric Rohmer) édite ses premiers textes dans le Bulletin du Ciné-Club du Quartier Latin, puis à La Gazette du cinéma. Rivette participe dès février 1953 à l'aventure des Cahiers du cinéma, où il se montre un des plus actifs dans la radicalisation de la ligne de la revue. On a pu le qualifier de « Père Joseph » ou de « Saint-Just » de la critique tant, selon sa propre expression, il « tranche dans le vif » entre ce qui est du cinéma et ce qui n'en est pas. Il réintroduit dans le vocabulaire critique le vieux terme théâtral de mise en scène. Par ce mot style, il désigne moins un ou une écriture qu'une « organisation rigoureuse du temps et de l'espace », qui ne doit rien à l'intrigue, mais tout au « jeu de l'acteur et du décor, du verbe et du visage, de la main et de l'objet ». Forme à réinventer à chaque fois devant une réalité unique, elle est un secret à déchiffrer.
De la « Lettre sur Rossellini » quasi inaugurale de mars 1955 à la brève p […]
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