
Après des études littéraires et artistiques, la cinéaste française Agnès Varda (née à Ixelles, Belgique) fut d'abord photographe professionnelle et, à ce titre, a travaillé notamment pour le Théâtre national populaire alors dirigé par Jean Vilar. Son premier film, La Pointe courte (1955), long-métrage de fiction au sujet intimiste (un couple en crise, dans le cadre d'un petit port de pêche), monté par Alain Resnais, n'a guère de retentissement, et, boycotté pour sa nouveauté, n'est pas distribué. Pour continuer à faire du cinéma, Agnès Varda fait alors des courts-métrages de commande (Ô saisons, ô châteaux ! 1957 ; Du côté de la côte, 1958) où se déploient, sur le mode ironique, tous ses talents de « femme d'image ». Avec Opéra-Mouffe (1958), vision, à travers les yeux d'une femme enceinte, du quartier de la rue Mouffetard, elle revient en quelque sorte au thème de La Pointe courte, celui des rapports entre le personnage et son décor. Mais c'est Cléo de 5 à 7 (1962), chronique en temps réel de deux heures de la vie d'une femme qui découvre qu'elle est atteinte d'un cancer, qui marque la plus grande réussite d'Agnès Varda, à la fois dans son portrait de femme et dans la peinture d'un univers mental à travers un décor.
Les thèmes du couple, de la maladie, apparaîtront encore, avec moins de force peut-être, dans ses deux films suivants : Le Bonheur (1964) et Les Créatures (1966), qui reprennent en la variant l'idée de La Pointe courte selon laquelle le bonheur, pour être naturel, est foncièrement immoral. Après divers projets abandonnés, Varda réalise, en 1969, aux États-Unis, Lion's Love, comédie documentaire sur un groupe d'acteurs du cinéma underground. De retour en France, elle tourne notamment Daguerréotypes (1975) et L'une chante l'autre pas (1977). Elle réalise ensuite des courts-métrages (notamment Murs murs, 1980, et Ulysse, 1983) avant d'obtenir en 1985 le lion d'or au festival de Venise pour Sans toit ni loi, qui raconte la dérive d'une jeune marginale, interprétée par Sandrine Bonnaire. Agnès Varda a également réalisé un émouvant portrait de Jacques Demy (Jacquot de Nantes, 1991) puis Les Cent et Une Nuits (1995), fantaisie filmique qui célèbre à sa manière les cent ans de cinéma, et d'un documentaire, Les Glaneurs et la glaneuse (2000), qui prend pour thème la réalité sociale du gaspillage et de la récupération, et qui connaît une suite, Les Glaneurs et la glaneuse... deux ans après (2002). Dans Les Plages d’Agnès (2008), elle revient sur les lieux et les êtres qui ont façonné sa vie.
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