Critique de cinéma français, né à Angers. Élève à l'école normale d'instituteurs, reçu brillamment à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, mais refusé par l'Éducation nationale « pour cause de bégaiement », il anime (1941) le secteur cinéma de la future Maison des lettres et, à la Libération, devient critique au Parisien libéré. Il poursuit dès lors une intense activité journalistique dans des quotidiens et des hebdomadaires, de même que dans La Revue de cinéma de J. G. Auriol, puis aux Cahiers du cinéma, qui en prendront la relève. Également collaborateur de publications étrangères, il donne des exposés aux ciné-clubs et à diverses associations de culture populaire. Il fut l'un des rares critiques à rencontrer une audience internationale, avant d'être emporté par la maladie.
André Bazin n'avait pas de théorie cinématographique fixée une fois pour toutes ; cependant, il fut loin d'être un impressionniste de la critique. Tout d'abord, un sérieux assez étonnant (surtout à l'époque) lui faisait voir et revoir les films, quitte à modifier son jugement d'une vision à l'autre. Ensuite, il a donné l'exemple des premières analyses de plans ou de fragments de films fondées non plus sur des considérations littéraires ou des analogies picturales, mais sur la connaissance du travail des techniciens et sur une idée (encore floue, mais spécifique) de la mise en scène. Son analyse du « retour » de Jules Berry dans Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir, avec croquis à l'appui, reste, indépendamment même de ses conclusions, un modèle.
De formation catholique, Bazin a cru pouvoir projeter sur l'art qu'il aimait une adaptation plutôt rudimentaire de la phénoménologie husserlienne, alors connue exclusivement des spécialistes (dont certains jésuites). Sa justification de la profondeur de champ et du plan-séquence par opposition à la théorie classique du gros plan et du montage, repose ainsi sur des formules spiritualistes qui n'ajoutent rien à notre compréhension des procédés en question : Bazin n'en a pas moins secoué l'apathie des critiques, dont le bagage théorique datait de trente ans. Il a imposé une lecture plus ample du cinéma : Rossellini et Welles lui doivent beaucoup de leur renommée. Mais les axiomes qu'il a proposés sont à séparer de ses analyses, encore que sa conception du cinéma comme « fenêtre ouverte sur le monde », fondé sur un « réalisme ontologique » capable de « restituer à l'objet et au décor sa densité d'être » et à notre vision son « innocence », soit (comme toute conception d'ensemble) irréfutable.
Bazin n'a pas eu le temps, ni peut-être le goût, de récapituler sa théorie en un exposé suivi : les volumes posthumes où l'on a réuni certains de ses articles (Qu'est-ce que le cinéma ?, 4 vol.) et quelques autres (un Orson Welles, 1949 ; un Jean Renoir édité par Truffaut, 1971) rendent compte de son importance pour l'histoire de la critique.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



