Libre penseur ou chrétien sincère, soutien de la politique royale ou esprit subversif, philosophe ou conteur facétieux : ces rôles, et quelques autres, les commentateurs les ont prêtés à Rabelais, dont l'œuvre polymorphe échappe à tout classement. Les quatre romans publiés de son vivant donnent à rire et à penser, dans une dualité qui ne facilite pas l'interprétation. Ces textes où l'on débat de tout sont eux-mêmes source de réflexion critique.
1. Le livre et le siècle
L'expérience qui nourrit les romans de Rabelais est double, comme il arrive souvent au xvie siècle. Dans une certaine mesure, l'expérience livresque précède celle de la vie, à chaque étape de son existence.
Rabelais naît sans doute en 1483, encore que la date de 1494 ait parfois été proposée. Son père, avocat royal, possédait une propriété à la Devinière, près de Chinon, et la tradition veut que l'écrivain y ait vu le jour. Son enfance, il la passe dans cette Touraine qui va laisser dans son œuvre tant de souvenirs et de noms familiers. Mais la première expérience qui ait compté dans sa formation est celle de la vie monastique, d'un couvent à l'autre. Sans doute entre-t-il en 1510 ou 1511 comme novice chez les cordeliers de la Baumette, près d'Angers. En 1521, le voici moine au couvent des cordeliers de Fontenay-le-Comte. Or il apprend le grec, une curiosité mal vue dans un ordre qui n'était guère intellectuel. On lui retire ses livres de grec. En 1524, cependant, il passe chez les bénédictins de Maillezais, dans un milieu plus cultivé. Il a la chance de connaître l'évêque Geoffroy d'Estissac, qui va le protéger, et qui l'emmène dans ses déplacements. Rabelais fréquente le poète Jean Bouchet ou le juriste André Tiraqueau. Toute cette période semble dominée par la découverte de la littérature grecque, source d'idées, de citations, de termes pittoresques.
Aussi déterminante sera l'expérience du milieu médical, comme nous le savons maintenant. Rabelais s'intéresse à la médecine. Pour suivre des cours, il quitte […]
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