6. La dérision
Autant de raisons d'espérer. Le texte n'en reste pas moins ambigu, volontairement brouillé par un jeu verbal qui interdit la réduction à un système de pensée. Comme l'ont montré de récents travaux, ce “plus haut sens” dont parle Rabelais dans le prologue de Gargantua n'est ni une interprétation symbolique ni une sorte de message. C'est plutôt une invitation à voir le pour et le contre, à lire entre les lignes, à ne rien prendre au sérieux, et surtout pas ce qu'affirment les personnages. Inauguré par l'auteur, l'exercice critique doit être perpétué par le lecteur.
La parodie contribue beaucoup à ce ton du “jeu sérieux”, qui est celui d'un Lucien ou d'un Érasme. Elle est partout dans ce livre qui réunit différents genres, roman de chevalerie, lettre, discours à l'antique, petite épopée, propos de table... Mais quelles sont ses limites ? Quand Rabelais célèbre les dettes ou le Pantagruélion, il pastiche le genre de l'éloge paradoxal, pratiqué notamment par les Italiens. Toutefois, ces morceaux de bravoure contiennent quelques vérités, qu'il est difficile de démêler parmi tant de sophismes. L'éloge des dettes suggère par exemple la notion de la solidarité universelle. De même, la lettre de Gargantua dans le Pantagruel est à la fois un credo humaniste et une parodie d'un genre littéraire, la “lettre du père”. Où commence le jeu ? Cette incertitude gagne des épisodes entiers. L'évocation de Thélème a parfois été lue comme un exercice, à la manière du genre descriptif. Le lecteur ne sait pas de quel côté penche la balance, et il est contraint de réagir par lui-même.
Il en résulte que de nombreux textes sont susceptibles de plusieurs interprétations. Certes, cette pluralité du sens n'est pas admise par tous les critiques, une telle méthode n'étant pas sans danger. Mais comment réduire à une seule lecture le débat par signes de Pantagruel et de Thaumaste ? Simple divertissement ? Charge contre le formalisme scolastique ? Ou contre l'occultisme ? Éloge du langage corporel ? M […]
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