4. Sens ou non-sens ?
Où cette recherche a-t-elle mené ces personnages ? Le mot de l'oracle, trink, est une invitation à boire, à savourer la vie, à se remplir l'esprit “de toute vérité”. L'éloge du savoir est une constante de l'œuvre. Dans le Pantagruel, la lettre de Gargantua à son fils est un hymne à la connaissance, en particulier à la pratique des textes anciens, qui offrait des sources plus sûres. Le programme d'éducation du Gargantua correspond à un savoir décloisonné, où se rejoignent différentes disciplines. Quant au Pantagruélion célébré dans le Tiers Livre, il représente la technique, l'usage de cette plante libérant l'homme de toutes sortes de contraintes. Le savoir ouvrirait la voie du progrès. Lorsqu'il fait l'éloge de Messire Gaster, l'estomac, l'auteur du Quart Livre retrace la découverte de la civilisation par l'humanité.
Mais voici le contrepoint : un scepticisme jugé plus ou moins délétère selon les critiques, mais qui d'un roman à l'autre gagne du terrain. Désormais bien connue, l'influence des courants sceptiques dans la première moitié du xvie siècle incite le lecteur à ne pas négliger cet aspect critique de l'œuvre de Rabelais. L'image du chantre de la Renaissance a vécu. Avant Montaigne, Rabelais dénonce l'inanité des débats, le fatras des thèses et antithèses, où l'intelligence n'est pas guidée par l'instinct du vrai. Panurge incarne le type du sophiste, qui fait un mauvais usage de ses connaissances et de la dialectique. Ces doutes s'accentuent dans le Tiers Livre, qui est la mise à l'épreuve de l'encyclopédie contemporaine. Chaque consultation fait apparaître la vanité de la science, qu'il s'agisse de la médecine, du droit, de la divination, condamnée par Rabelais comme elle l'était par l'Église. Rien de plus savant que ce livre, où l'auteur multiplie les exemples érudits. Mais, au fur et à mesure, Rabelais dévalorise ces matériaux, à coup de citations inopportunes et de listes ineptes. Il y a du Bouvard et Pécuchet dans cette entreprise. La conclusion … ]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 14 pages…



