5. L'homme de bonne volonté
Que reste-t-il alors ? À l'homme qui cherche sa voie, comme Pantagruel et ses compagnons, il reste des biens internes, la foi et la sagesse.
Croire ou ne pas croire, telle est la question. Non pas que Rabelais soit tenté par l'athéisme ou par l'hérésie. L'auteur du Gargantua ou du Quart Livre a d'abord été présenté comme un esprit fort, qui se moquerait des faits miraculeux. Mais, replacées dans le contexte contemporain, la plupart de ces facéties semblent aussi inoffensives que les plaisanteries en usage dans les milieux ecclésiastiques. Certains critiques avaient comparé ces allusions au miracle avec les idées des philosophes padouans, Pomponazzi et Cardan, en interprétant les unes et les autres dans une perspective rationaliste. Or il apparaît que Rabelais se moque surtout de la multiplication superstitieuse de ces croyances, sans prétendre expliquer le miracle par une cause naturelle. Quant à l'hérésie protestante, il partage certes l'indignation des réformés devant certains abus de l'Église. Les escales chez les Papimanes ou à l'île Sonnante ne déplairaient pas à un protestant. Comme eux, il s'indigne de tant et tant d'intermédiaires interposés par la superstition entre le croyant et son Dieu, et voit dans la cohorte des saints catholiques un reste de paganisme. Comme eux, il lit et cite la Bible. Mais ces analogies ne suffisent en aucune façon à en faire un réformé, même si l'âpreté de la satire dans le Cinquiesme Livre a parfois incité la critique à considérer ce roman comme l'œuvre d'un protestant. La thèse de l'influence protestante ne résiste pas à l'usage de critères plus précis, la notion de mérite et de bonnes œuvres, la doctrine du serf arbitre, le problème des sacrements, ou un emploi déterminé de certains passages de saint Paul.
À la lumière des travaux récents, Rabelais est maintenant considéré comme un de ces catholiques attristés par les abus de l'Église contemporaine, l'absence de vocation dans le clergé, l'ignorance des moi […]
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