3. De la geste des géants à la quête initiatique
Les deux premiers romans nous font assister aux exploits du géant Pantagruel, puis de son père Gargantua. Le Pantagruel paraît sous le pseudonyme d'Alcofrybas Nasier, parce que Rabelais, connu pour ses travaux érudits, ne tient pas à signer cette facétie. Le héros doit en effet son nom à un petit démon des Mystères médiévaux, doté du pouvoir d'assoiffer les humains : dès la première ligne, l'épopée rabelaisienne est dominée par le thème de la soif, et abonde en plaisanteries sur le divin jus de la treille. Le caractère facétieux de l'ouvrage est dû aussi à la parodie des romans de chevalerie, auxquels le livre emprunte sa composition : enfance et éducation, suivies des exploits de la guerre contre les envahisseurs Dipsodes. De surcroît, Rabelais place aux côtés du héros un type de marginal pittoresque et pervers, l'étudiant Panurge, un individu qui met à mal tout le code romanesque.
Pur divertissement ? De plus en plus, la critique reconnaît dans ce roman les préoccupations sérieuses qui donneront force et vigueur aux œuvres ultérieures. Rabelais s'intéresse au problème du savoir. Au catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor, ce reflet d'un savoir sclérosé, il oppose l'éducation humaniste définie dans une lettre de Gargantua.
Cette réflexion est plus explicite dans le Gargantua, où Rabelais raconte la vie du père de Pantagruel. L'auteur reprend le même schéma, car nous assistons à la formation du jeune prince, puis à ses exploits contre le roi Picrochole, un voisin belliqueux. Mais le ton et l'intention semblent différents : Rabelais affirme qu'il a voulu instruire le lecteur en lui proposant un “plus haut sens”, et se réfère à Socrate. Si la critique ne méconnaît pas l'intention parodique – le texte de Rabelais est toujours un piège –, il n'en reste pas moins que le programme pédagogique et la pensée politique de Rabelais se sont précisés. Plusieurs chapitres sont consacrés à l'éducation du jeune géant selon les préceptes h […]
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