7. Un autre monde
Sous toutes ses formes, dont la critique actuelle aime à souligner la diversité, la dérision surprend, inverse, embrouille. Elle se confond souvent avec la fantaisie, qui elle aussi dérange. Dans le prologue du Gargantua, Rabelais invite le lecteur à pénétrer dans le microcosme du livre, comme s'il ouvrait une boîte dont l'extérieur n'est qu'invention plaisante, et dont l'intérieur se révèle plein de surprises. C'est l'imagination qui a fait surgir ce monde. Longtemps considéré comme un maître à penser, dont il importait de comprendre les thèses, Rabelais apparaît maintenant comme un maître de l'imaginaire.
Il a en effet choisi des personnages de géants, dont la puissance est un défi au réel. Ils nous entraînent vers un ailleurs. La naissance de Pantagruel se produit dans une période de sécheresse extraordinaire, comme si l'ordre naturel était perturbé par l'apparition du géant. “Il fera choses merveilleuses”, disent les commères. Un merveilleux tempéré par l'esprit critique de l'auteur : là encore, Rabelais conserve le ton du jeu, et il sait exploiter toutes les ressources de l'invraisemblance, par exemple en accumulant nombres et témoignages fictifs. Ces romans sont faits de “mille petites joyeusetés toutes veritables...” Alors que le merveilleux suppose une adhésion au récit, ce gigantisme n'est que prétexte à faire un pied de nez aux contraintes de la réalité, à passer subitement d'un ordre de grandeur à un autre, en découvrant des villes dans la bouche énorme de Pantagruel.
Le conteur retrouve ainsi les thèmes du folklore universel, tels que la descente dans la gueule du monstre. Les objets changent de taille, et les cloches d'une église sont comme des sonnettes dans la main du géant. Univers en perpétuelles métamorphoses, où le riche devient le pauvre, où les rois Picrochole et Anarche sont traités comme des manants, dans une inversion que l'on a pu comparer au rituel du carnaval. Qui plus est, la mort devient la vie. Pantagruel naît lors d'une eff […]
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